Le chemin d'Ombres de Patrick Éris

Publié le par Péléane Léana

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Citation :

 

"- Oh non, pensa Marion. pas eux !

Oui, elle les connaissait, les trois "patients" attablés dans une minuscule cuisine installée tout au bout de l'extension servant de laboratoire, et qui dînaient tranquillement d'une pizza de l'autre côté de la large vitre (on n'avait même pas jugé nécessaire de préciser qu'il s'agissait d'un miroir sans tain, tant cela semblait aller de soi). Enfin, elle connaissit deux d'entre eux. Elle les avait cotoyés pendant au moins un an, à la clinique."

 

Mon résumé (celui de l'éditeur en dévoile beaucoup trop à mon goût) :

 

"Marion est spycologue. Un jour, elle est appelée pour suivre une expérience. Une expérience sans danger où des "patients volontaires" se retrouvent à partager le même rêve. Trois patients ? Le même rêve ? Sans dangers ?

Vous plongerez au plus profond de l'inconscient, entre questionnement et bouleversement."

 

Ma chronique :

 

Quand Histoire de roman m'a proposé de chroniquer ce livre, même si j'étais déjà overbooké dans mon planning de lecture, je n'ai pas hésité très longtemps avant de dire oui. Il m'a juste fallu le temps de voir la couverture pour accepter. Couverture très intriguante d'ailleurs. Alors merci beaucoup à eux et aux éditions Lokomodo pour ce service de presse. Je vais essayer de ne pas faire une chronique trop brouillonne parce qu'il y a tellement de choses à dire sur le style et l'histoire que je risque moi même de m'y perdre.

 

Patrick Éris a un style très très très spécial. Si le lecteur ne fait pas attention à ce qui est écrit il va trouver ça brouillon, à la limite du grand n'importe quoi ! Entre un personnage qui parle puis soudain un autre, puis encore un autre ; une histoire raconté ici et puis de suite une autre... Il y a aussi un prologue déroutant, il est rempli de phrases interminables. Mais surtout, surtout, ne vous arrêtez pas à tout ça ! surtout pas ! Il suffit de se plonger un peu dans le livre, de s'accrocher durant le prologue et le premier chapitre, et après... après, on ne le lâche plus ! Le style d'écriture s'imprègne en nous, il coule à flots en nous. Tout prend son sens, tout devient limpide, mais seulement si le lecteur veut bien faire l'effort de continuer le livre. Un style tellement différent de tout ce qu'on peut trouver en ce moment, à tel point que l'auteur ne nous dis pas tout sur le pays, les lois, les personnages, mais du coup, ça ne manque pas forcément. Il a joué un jeu dangereux dans sa plume et il a gagné ! Une telle plume laisse le lecteur bouche-bée à la fin du livre. Il y a un travail impressionnant sur l'écriture ! Il joue des manques qu'il laisse entrevoir, des questions que se pose le lecteur, des  éléments de l'histoire, ... Mais aussi de la dynamique et du rythme. Le rythme, ... long à démarer, qui devient très intense dans le chapitre 3, tout s'accélère, rien ne s'arrête... et voilà le lecteur dans des mondes différents, dans les livres, dans l'histoire, il y croit, il en veut... et il en a ! La dynamique est la dès le début, dans l'ambiance et les décords, dans tout les mots ! Les dialogues prennent vies au fur et à mesure qu'on avance, dans les rêves où ils deviennent intenses au point que le coeur s'accélère ! Et puis le vocabulaire, sans enccombrer l'histoire, il est là, simple et fait couler l'eau des phrases. Le tout accentué de répétitions voulus, importantes, extrèmement bien placées, efficaces ! Et une narration qui permet facilement le changement de point de vue, d'histoire, de vie !

Une plume d'une belle qualité ! Même en prennant du recul, en y repensant, on se dit "woua !".

 

L'histoire... d'un regard lointain, on se dit "mais c'est quoi ce bazarre ? tout est mélangé, ça ne veut rien dire !". Non ! regarder, pensez, apprenez, vivez ! C'est intense, presque réelle. L'intrigue arrive vite, mais l'oeil du lecteur trouvera quand même ça un peu long, il faut atteindre le chapitre 3 pour que tout se mette en place. Ce chapitre est le commencement de tout, celui qui faut imprégner, celui qui faut vraiment vivre. Sans ça, continuer la lecture ne servirait à rien. L'intrigue est vraiment surprenante, aucunement prévisible, on pourrait la croire illimité ! Et qu'elle originalité ! pas forcément dans l'étude des rêves, mais dans la vision que le lecteur peut avoir sur les personnages, sur l'histoire, sur le monde créé. Des tas de questions sont soulevées : est-ce bien ça que les fous ressentent ? Comment peuvent-ils comprendre si vite ? Mais pourquoi est-ce si important ? Mais comment ? ... Du coup, on a envie de prendre un livre sur la psychologie et d'appendre. Apprendre pour comprendre encore plus les patiens.

"Marion, tu es trop sensible pour ce faire métier", Marion ! Marion, le personnage principal qui n'en est pas un, presque tous les personnages sont importants. Marion qui touche avec sa sympathie, sa gentillesse, son élégance, sa façon d'être, sa simplicité. Un psy qui aime ses patients, qui veut vraiment les aider. Ils ne sont pas que des numéros pour elle. Elle s'attache, elle vit leur histoire. C'est ce qui la rend attachante, on veut l'aider à trouver des réponses à ses questions... Mais ce n'est pas le personnage qui touche le plus le lecteur. Est-ce Sandy, Brian ou Kenneth ? ou Kenneth, Sandy ou Brian ? ou encore Brian, Kenneth ou Sandy ? On ne sait pas, on ne saura pas... Ils sont là, utilisés, cobayes... Ils ignorent, les questions se bouscoulent dans leur tête. Et quand ils entrent dans leur monde, ensembles... Ils vivent ! Ils comprennent juste ce qu'il faut, ils profitent et s'en sortent ensembles ! Ensembles, c'est LEUR mot ! Le mot qui leur correspond réellement.

Ils évoluent tous dans un univers vague, on ne sait pas vraiment à quel époque, ni quels sont les avanges et les inconvénients de cette société. On en sait un minimum, juste ce qu'il faut pour que l'histoire tourne, pour que l'histoire soit vécue. Et alors l'ambiance entre en jeu : elle est angoissante, attirante, presque réelle ! On vit les questionnements, les réflexions, les joies, les peurs... La vie et la mort... On est dedans et nul par ailleurs. Les décors sont oppressants, pour rendre encore plus vraie l'histoire, les chambres sont blanches, avec juste le minimum pour y vivre. Quand on n'est pas dans la maison, on est dehors, la plupart du temps la nuit. On espère que tout ira bien, on veut que tout aille bien, mais des choses se passent. Et dans le rêve, cette plaine... immense... en voit-on la fin ?

 

J'ai chaud ! J'écris cette chronique, les mots viennent tout seuls. J'ai le coeur qui bat fort ! très fort ! Je revis l'histoire. JE suis l'histoire ! JE suis les personnage ! JE suis le rêve ! JE suis le tout...

 

Des adjectifs ? VIBRANT ! INTENSE ! VIVANT !

 

Vous trouverez ICI l'avis de Mélisandre.

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